Panel d'experts (notaire binational, avocat succession, mufti, fiscaliste international, consultant diaspora, journaliste) — sources Code famille 84-11, Convention DZ-France 1999, Règlement UE 650/2012.
1. Cadre légal de la succession internationale immo DZ-France
1.1 Le triple cadre juridique
La succession internationale d'un bien immobilier algérien impliquant la diaspora France repose sur trois piliers juridiques distincts mais articulés :
- Le droit algérien (Code de la famille + Code civil + fiscalité) — applicable en tant que loi du lieu de situation du bien (lex rei sitae) pour toute immobilier en Algérie.
- La Convention fiscale DZ-France du 17/10/1999 (JORADP n° 72) — pour éviter la double imposition et coordonner les régimes fiscaux.
- Le Règlement UE 650/2012 du 04/07/2012 — permet aux personnes résidentes en France de choisir leur loi nationale (algérienne) pour régir leur succession. Attention : le bien immobilier en Algérie reste soumis au droit algérien.
1.2 Textes de référence algériens
- Code de la famille algérien — Loi n° 84-11 du 09/06/1984 modifiée par l'ordonnance 05-02 du 27/02/2005 (JORADP n° 15). Articles 126 à 197 sur la succession. Cadre principal fondé sur la charia.
- Code civil algérien — dispositions générales.
- Code de l'Enregistrement — droits de succession (5% ligne directe, voir notre guide droits d'enregistrement 2026).
- CIDTA — aspects fiscaux plus-values éventuelles.
- Loi 06-02 du 20/02/2006 — notariat.
- Loi 90-25 orientation foncière.
- Loi 07-05 baux (voir notre guide bail habitation).
1.3 Textes de référence français
- Code civil français — livre III titre I (successions).
- Code général des impôts (CGI) français — articles 784 A et suivants (droits succession).
- Règlement UE n° 650/2012 du 04/07/2012 — successions transfrontalières intra-européennes et extra-européennes.
- Certificat successoral européen (créé par ce règlement).
1.4 Textes internationaux
- Convention fiscale DZ-France du 17 octobre 1999 (JORADP n° 72 du 21/11/1999). Articles clés :
- - Article 21 : droits d'enregistrement mutations = État de situation du bien
- - Article 24 : élimination doubles impositions (crédit d'impôt)
- Convention consulaire DZ-France — apostille et légalisation actes
- Convention de La Haye — apostille documents
- Accords bilatéraux divers (transferts fonds, échanges d'informations)
1.5 Principe fondamental : lex rei sitae
Le principe universel du droit international privé s'applique : l'immeuble situé en Algérie est régi par le droit algérien pour :
- La transmission successorale (Code famille algérien)
- La fiscalité successorale (Code enregistrement algérien)
- La procédure notariale de mutation
- La publicité foncière (Conservation foncière algérienne)
Quelle que soit :
- La nationalité du défunt (algérien, binational, français)
- La résidence du défunt au moment du décès
- La nationalité des héritiers
- La résidence des héritiers
1.6 Autorités compétentes
| Institution | Rôle |
|---|---|
| Notaires algériens | Actes de succession, mutations, livret foncier |
| Notaires français | Coordination coté France, déclarations fiscales |
| Consulats DZ France + Consulats France DZ | Légalisations, procurations, actes état civil |
| Recettes de l'Enregistrement DZ | Droits succession DZ (5%) |
| DGFiP France | Droits succession France + crédit d'impôt |
| Conservation Foncière DZ (ANC) | Publicité foncière + livret foncier |
| Ministère Affaires religieuses DZ | Interprétations charia (successions) |
| Tribunal civil DZ (Chambre statuts personnels) | Contentieux successions |
| Tribunal judiciaire France | Contentieux France |
2. Les fara'id (parts successorales charia)
2.1 Principe des fara'id
Le droit successoral algérien, fondé sur la charia (fiqh malékite), prévoit des parts fixes obligatoires pour certains héritiers, dites fara'id. Ces parts sont impératives (pas de disposition testamentaire possible au-delà du thulth = 1/3 du patrimoine).
2.2 Les héritiers réservataires
| Héritier | Part fara'id | Conditions |
|---|---|---|
| Époux (mari) | 1/4 | Avec enfants |
| Époux (mari) | 1/2 | Sans enfants |
| Épouse(s) | 1/8 | Avec enfants (partagé si polygame) |
| Épouse(s) | 1/4 | Sans enfants (partagé) |
| Fille unique | 1/2 | Pas de fils |
| Filles multiples | 2/3 (partagé) | Pas de fils |
| Père | 1/6 | Si enfants |
| Mère | 1/6 | Si enfants |
| Grand-père / grand-mère paternel | 1/6 chacun | À défaut parents |
| Frères / sœurs consanguins | Variable | À défaut descendants |
2.3 Les asaba (héritiers résiduels)
Après attribution des fara'id, le reste va aux asaba (héritiers par le mâle) :
- Fils — hérite le reste, part double de la fille
- Petits-fils (par fils) — à défaut de fils
- Père — même s'il a déjà pris 1/6 fara'id
- Grand-père paternel
- Frères germains / consanguins
- Fils de frères
- Oncles paternels
2.4 Règle fondamentale : fils = 2 × fille
En droit successoral charia, un fils reçoit deux parts, une fille reçoit une part. C'est la règle "li-al-dhakari mithlu haddi al-unthayayn" (à l'homme le double de la femme, Coran, Sourate An-Nisa 4:11).
Exemple pratique
Père décédé, patrimoine 30 M DA. Épouse + 2 fils + 1 fille survivants :
- Épouse : 1/8 = 3.75 M DA
- Reste 26.25 M DA pour enfants (asaba)
- 5 parts (2+2+1) : 1 part = 5.25 M DA
- Fils 1 : 2 parts = 10.5 M DA
- Fils 2 : 2 parts = 10.5 M DA
- Fille : 1 part = 5.25 M DA
2.5 Cas spécifiques et complexes
Non-musulman non héritier de musulman (règle traditionnelle)
En principe, un non-musulman n'hérite pas d'un musulman et vice-versa selon la lecture traditionnelle du fiqh. Cas fréquent diaspora :
- Époux musulman DZ décédé, épouse française convertie ou non convertie
- Interprétations variables selon écoles + jurisprudence évolutive
- Solutions : donation entre vifs (hiba), testament (wasiyya) dans limite 1/3, assurance-vie, société civile immobilière
- Consultation notaire + mufti indispensable
Enfants adoptés
L'adoption plénière n'existe pas en droit musulman classique (art. 46 Code famille). La kafala (recueil légal) ne crée pas de lien successoral automatique. Un enfant recueilli sous kafala peut recevoir par :
- Testament (wasiyya) dans limite 1/3 patrimoine
- Donation (hiba) entre vifs
Testament (wasiyya)
Le défunt peut disposer de 1/3 maximum de son patrimoine par testament au profit de personnes non héritières (art. 184 Code famille). Utile pour :
- Bénéficier des œuvres de bienfaisance (waqf)
- Léguer à un conjoint non héritier
- Léguer à un enfant recueilli (kafala)
- Léguer à un tiers cher
2.6 Renonciation à la succession
Un héritier peut renoncer à sa part successorale :
- Renonciation totale ou partielle
- Acte notarié obligatoire
- Frais notaire ~30-50 000 DA
- Sa part est redistribuée aux autres héritiers selon les fara'id
- Motifs fréquents : dettes, situation familiale, transmission à d'autres
- Irréversible en principe (peut être contestée si vice de consentement)
3. Convention DZ-France 1999 : coordination fiscale
3.1 Objet et champ d'application
La Convention fiscale entre l'Algérie et la France du 17 octobre 1999 (signée à Alger, JORADP n° 72 du 21/11/1999) a pour objet d'éviter la double imposition et de prévenir l'évasion fiscale entre les deux pays. Elle couvre :
- Impôts sur le revenu (IR, IRG)
- Impôts sur les sociétés (IS, IBS)
- Droits de mutation (enregistrement, succession, donation)
- Prélèvements sociaux (selon interprétation)
3.2 Article 21 : mutations à titre gratuit (succession, donation)
L'article 21 dispose que les droits perçus à l'occasion de mutations à titre gratuit (successions, donations) sur les biens immobiliers sont dus dans l'État de situation du bien (lex rei sitae).
- Immeuble en Algérie appartenant à un défunt résidant en France → droits succession dus en Algérie (5% ligne directe)
- Immeuble en France appartenant à un défunt résidant en Algérie → droits succession dus en France (barème CGI français)
3.3 Article 24 : élimination des doubles impositions
L'article 24 prévoit un mécanisme de crédit d'impôt :
- Si un héritier résident en France reçoit un bien immobilier situé en Algérie, les droits succession DZ (5%) payés en Algérie ouvrent droit à un crédit d'impôt en France
- Ce crédit est imputé sur les éventuels droits succession français calculés sur ce même bien
- Objectif : éviter la double imposition
3.4 Cas typique : bien DZ hérité par diaspora France
Étape 1 : Fiscalité Algérie
- Bien évalué à sa valeur vénale au moment de la succession
- Droits succession DZ 5% (ligne directe) sur cette valeur
- Paiement à la Recette de l'Enregistrement DZ
- Certificat d'impôt délivré
Étape 2 : Fiscalité France
- Déclaration successorale à la DGFiP dans les 6 mois post-décès (12 mois si décès hors France)
- Barème français appliqué sur ensemble du patrimoine mondial
- Barème France (ligne directe descendante après abattement 100 000 €) :
- - 5% jusqu'à 8 072 €
- - 10% de 8 072 à 12 109 €
- - 15% de 12 109 à 15 932 €
- - 20% de 15 932 à 552 324 €
- - 30% de 552 324 à 902 838 €
- - 40% de 902 838 à 1 805 677 €
- - 45% au-delà
- Crédit d'impôt DZ imputé (art. 24 Convention 1999)
- Complément éventuel à payer si droits France > droits DZ
Exemple chiffré
Diaspora France (fils unique, résident Paris) hérite F3 Alger de son père décédé 2026, valeur 15 M DA (~92 000 €) :
- Droits DZ 5% × 15 M = 750 000 DA (~4 600 €) payés en Algérie
- Certificat impôt DZ délivré
- Déclaration succession France :
- - Valeur bien 92 000 €
- - Abattement ligne directe : 100 000 €
- - Taxable France : 0 € (abattement absorbe)
- - Complément à payer France : 0 €
- Total droits succession : ~4 600 € (5% du bien)
Note : l'abattement français ligne directe de 100 000 € couvre souvent totalement les héritages moyens diaspora. Complément France dû uniquement pour patrimoines élevés.
3.5 Cas de plusieurs héritiers résidents France
Chaque héritier est traité individuellement :
- Chaque héritier reçoit sa part fara'id calculée sur le bien
- Droits DZ 5% payés collectivement (souvent par un des héritiers pour tous)
- Chaque héritier français déclare sa part à la DGFiP France
- Chaque héritier bénéficie de l'abattement 100 000 € individuellement
- Crédit d'impôt DZ imputé au prorata de la part
3.6 Cas particulier : conjoint diaspora France
- Conjoint bénéficie en France d'exonération totale des droits succession (loi TEPA 2007)
- En Algérie : droits 5% (avec parts fara'id 1/8 ou 1/4)
- Souvent complément France = 0 (exonération conjoint)
- Attention : conjoint non-musulman → questions charia (voir section 2)
3.7 Prélèvements sociaux France (CSG-CRDS)
Question complexe : les prélèvements sociaux français (17.2%) s'appliquent-ils aux revenus successoraux étrangers ?
- En principe, les prélèvements sociaux ne portent pas sur la succession elle-même mais sur les revenus futurs générés
- Si le bien DZ hérité est loué et génère des revenus fonciers, les prélèvements sociaux pourraient s'appliquer (interprétation controversée)
- Consultation fiscaliste international recommandée
4. Règlement UE 650/2012 : loi applicable au fond
4.1 Champ d'application
Le Règlement (UE) n° 650/2012 du 4 juillet 2012 (dit "Règlement Successions") s'applique aux successions internationales des personnes décédées à partir du 17 août 2015. Il régit :
- La loi applicable à la succession (loi de fond)
- La compétence des juridictions
- La reconnaissance et l'exécution des décisions
- La création du certificat successoral européen
4.2 Loi applicable par défaut
Selon l'article 21, la loi applicable à la succession est celle de l'État de la résidence habituelle du défunt au moment de son décès.
Exemple :
- Défunt binational DZ-France résidant en France → loi française applicable par défaut à sa succession
- Défunt binational résidant en Algérie → loi algérienne applicable
4.3 Choix de la loi nationale (art. 22)
Le testateur peut choisir la loi de sa nationalité pour régir sa succession, en insérant une clause dans son testament ou un acte authentique. Utile pour :
- Diaspora DZ résidant en France : peut choisir loi algérienne pour éviter que la loi française ne s'applique (avec réserve héréditaire différente)
- Faciliter la gestion de la succession selon la charia
- Éviter les conflits entre héritiers musulmans et non-musulmans
4.4 Limite fondamentale : lex rei sitae pour immobilier
IMPORTANT : même si le défunt choisit la loi algérienne via le Règlement UE 650/2012, les immeubles situés en Algérie restent soumis au droit algérien pour :
- La procédure notariale de mutation
- La publicité foncière (Conservation foncière DZ)
- La fiscalité successorale locale (5% ligne directe)
- Éventuellement le fond de la transmission (règles impératives fara'id)
4.5 Certificat successoral européen (CSE)
Le Certificat successoral européen (CSE) est un document délivré par un notaire européen prouvant :
- La qualité d'héritier
- Les parts successorales
- L'attribution des biens
- Reconnu automatiquement dans tous les États UE
Limite Algérie : le CSE européen n'est pas automatiquement reconnu en Algérie (pays hors UE). Un notaire algérien établira un acte de succession selon le droit algérien.
4.6 Coordination pratique DZ-France
En pratique, une succession diaspora avec bien DZ nécessite :
- Ouverture succession en France (notaire français) selon Règlement UE 650/2012
- Établissement acte de notoriété française
- Éventuelle transmission au notaire algérien (avec traductions assermentées)
- Ouverture succession en Algérie (notaire algérien) selon droit DZ
- Application fara'id charia pour bien DZ
- Paiement droits succession DZ
- Publicité foncière DZ (livret foncier au nom héritiers)
- Retour en France pour déclaration DGFiP + éventuel complément
- Éventuelle vente du bien DZ + rapatriement fonds (canal officiel)
4.7 Choix stratégiques pour la diaspora
Cas 1 : Éviter les conflits familiaux
Rédiger testament avec choix loi algérienne + parts fara'id claires. Évite que la loi française (réserve différente) s'applique.
Cas 2 : Protéger conjoint non-musulman
Anticipation par donation entre vifs, testament (wasiyya) 1/3, assurance-vie France, SCI (voir section 5).
Cas 3 : Enfants recueillis (kafala)
Testament + éventuellement adoption plénière en France si conditions réunies (mais complexe).
Cas 4 : Patrimoine mixte DZ + France
Coordination stratégique : loi française pour bien France, loi algérienne pour bien Algérie (lex rei sitae). Testaments distincts ou testament global précis.
5. Procédure notariale double (Algérie + France)
5.1 Vue d'ensemble
La succession internationale nécessite une coordination notariale des deux pays. Étapes essentielles :
Coté France (si héritiers résidents France)
- Choix du notaire français
- Établissement acte de notoriété français
- Recensement patrimoine mondial du défunt
- Déclaration succession DGFiP dans 6 mois (12 si décès hors France)
- Paiement droits succession France (avec crédit impôt DZ)
- Partage et attribution biens France
Coté Algérie (pour bien DZ)
- Choix du notaire algérien
- Établissement acte de succession algérien selon Code famille
- Application fara'id (parts fixes charia)
- Paiement droits succession DZ (5% ligne directe)
- Publicité foncière (livret foncier au nom héritiers)
- Éventuel partage physique du bien ou vente
5.2 Documents nécessaires
Coté défunt
- Acte de décès (original + traductions assermentées si étranger)
- Livret de famille algérien
- Actes de naissance des enfants
- Certificat de nationalité algérienne
- Titre de propriété du bien DZ (livret foncier)
- Éventuel testament olographe / authentique
- Éventuelle procuration antérieure
Coté héritiers
- Pièces d'identité (CIN, passeport)
- Actes de naissance
- Justificatifs de résidence
- Éventuelles procurations si absence à la signature
- Attestations fiscales de résidence (pour Convention 1999)
Coté bien DZ
- Titre de propriété (livret foncier)
- Certificat non-hypothèque récent
- Éventuelles quittances IFPB
- Expertise valeur vénale (souvent nécessaire pour évaluation succession)
5.3 Coordination inter-notariale
Communication entre notaires DZ et France essentielle :
- Échanges documents par email/courrier
- Traductions assermentées (~50 € par document en général)
- Apostilles Convention La Haye pour documents publics
- Éventuelles légalisations consulaires
- Coordination fiscale (répartition droits, crédit impôt)
5.4 Rôle des consulats
- Établissement de procurations notariales par consulat DZ à l'étranger (110-150 €)
- Légalisation d'actes étrangers pour utilisation en Algérie
- Certificats de vie, de nationalité, de non-mariage
- Traductions consulaires officielles (parfois)
5.5 Délais typiques
| Étape | Délai typique |
|---|---|
| Ouverture succession France | 1-3 mois |
| Déclaration succession DGFiP | 6 mois maximum |
| Ouverture succession Algérie | 2-4 mois (avec traductions) |
| Paiement droits succession DZ | 1 mois post-acte |
| Publicité foncière + livret foncier | 2-4 mois |
| Total procédure | 8-15 mois |
5.6 Coûts totaux estimatifs
Pour une succession d'un F3 Alger 15 M DA (~92 000 €), 1 héritier diaspora France :
- Notaire France (acte notoriété + déclaration) : 1 000-2 000 €
- Notaire Algérie (acte succession + mutation) : 100-200 000 DA
- Traductions assermentées (5-10 docs) : 300-500 €
- Procurations consulaires : 110-200 €
- Apostilles : 50-100 €
- Droits succession DZ 5% : 750 000 DA (~4 600 €)
- Publicité foncière DZ 1% : 150 000 DA (~920 €)
- Éventuel voyage : 400-800 €
- Total : ~8 000-10 000 € (~9% du bien)
5.7 Rapatriement fonds si vente
Si la succession aboutit à la vente du bien DZ :
- Transfert des fonds via compte devise CCP diaspora (obligatoire)
- Change au taux officiel Banque d'Algérie (~-30 à -40% vs marché parallèle)
- Justificatifs origine des fonds (acte succession + vente)
- Documentation complète à la banque française réceptrice (Tracfin)
- Éventuelle plus-value à déclarer (voir notre guide plus-values 2026)
6. Six cas pratiques détaillés
Cas 1 — Fils unique diaspora France hérite F3 Alger
- Père veuf décède 2026 à Alger, patrimoine : F3 15 M DA (~92 000 €)
- Fils unique 40 ans, cadre banque à Paris, binational
- Aucun autre héritier réservataire (père/mère du défunt décédés)
- Le fils hérite intégralement (règle asaba pour fils unique)
- Fiscalité DZ : 5% × 15 M = 750 000 DA (~4 600 €)
- Fiscalité France : abattement 100k € couvre valeur, complément = 0 €
- Procédure notariale : 8 mois
- Coûts totaux (notaires + traductions + droits) : ~8 000 €
- Livret foncier obtenu au nom du fils diaspora
- Option : conserver bien (loyer 40 000 DA/mois) ou vendre (rapatriement fonds)
Cas 2 — Plusieurs enfants + épouse (application fara'id)
- Père décède 2026 à Marseille, patrimoine mondial : F4 Alger 20 M DA + appartement Marseille 300 000 €
- Héritiers : épouse + 2 fils + 1 fille (tous résidents France)
- Bien DZ (F4 20 M DA) - Application fara'id :
- - Épouse : 1/8 = 2.5 M DA (~15 400 €)
- - Reste 17.5 M DA pour asaba (enfants)
- - 5 parts (2+2+1) : 1 part = 3.5 M DA
- - Fils 1 : 2 parts = 7 M DA
- - Fils 2 : 2 parts = 7 M DA
- - Fille : 1 part = 3.5 M DA
- Fiscalité DZ : 5% × 20 M = 1 M DA (répartis au prorata)
- Bien France (appt Marseille) - loi française :
- - Épouse : usufruit ou pleine propriété selon choix
- - Enfants : nue-propriété ou pleine propriété
- - Abattement 100k € chacun + barème français
- Coordination notariale complexe (2 notaires + traductions)
- Coûts totaux : ~15 000 €
- Durée : 12 mois
Cas 3 — Conjoint non-musulman (situation complexe)
- Homme algérien musulman décède à Bordeaux, marié à française non-convertie
- Bien F3 Constantine 8 M DA + 1 fils commun (musulman car père)
- Situation complexe : lecture traditionnelle charia exclut l'épouse non-musulmane
- Solutions envisageables :
- - Anticipation vivant : donation (hiba) ou testament (wasiyya 1/3) au profit de l'épouse
- - SCI franco-algérienne détenant le bien (protection épouse via parts sociales)
- - Assurance-vie française (transmission hors succession)
- Si aucune anticipation : contentieux probable, consultation notaire binational + mufti + avocat obligatoire
- Solution finale négociée : partage amiable entre épouse et fils (accord sous supervision notariale, application usage familial)
Cas 4 — Testament (wasiyya) au profit de tiers
- Femme algérienne veuve décède 2026 à Alger, sans enfants ni héritiers proches
- Bien F2 Alger 10 M DA
- Testament olographe rédigé 2020 : léguer 3.3 M DA (1/3) à œuvre caritative (Croissant-Rouge Algérien)
- Reste (2/3 = 6.7 M DA) va aux héritiers légaux (frères et sœurs)
- Notaire vérifie validité testament (conforme forme + fond)
- Application : Croissant-Rouge reçoit 3.3 M DA en pleine propriété
- Reste partagé entre 3 frères/sœurs selon fara'id (10% chacun x 3, reste asaba autres)
- Droits succession variables : 5% ligne directe (none ici), 10-15% collatéraux
- Œuvre caritative souvent exonérée (à vérifier)
Cas 5 — Renonciation d'un héritier (dettes défunt)
- Père décède 2026 à Toulouse, patrimoine : villa Blida 12 M DA + dettes 40 000 € (crédit bancaire non remboursé)
- Héritiers : 2 fils + 1 fille
- Le fils aîné, en difficultés financières lui-même, souhaite renoncer
- Renonciation notariée signée à Toulouse (notaire français)
- Sa part est redistribuée aux autres héritiers
- Nouveau calcul fara'id :
- - Fils cadet : 2 parts = 4/6 x 12M = 8 M DA
- - Fille : 1 part = 2/6 x 12M = 4 M DA
- Mais chacun assume prorata dettes : 40k € × parts
- Après paiement dettes, patrimoine net réparti
- Le fils renonçant n'est plus responsable des dettes
- Coûts renonciation notariée : ~50 000 DA
Cas 6 — Contentieux successoral (contestation testament)
- Père décède 2024 à Lyon, patrimoine : villa Oran 25 M DA
- Testament olographe daté 2023 léguant 1/3 (8.3 M DA) à une amie non parente
- Héritiers réservataires (3 enfants) contestent :
- - Motifs : influence indue de l'amie sur père âgé, validité forme testament
- Expertise graphologique + auditions
- Procédure devant tribunal DZ (Section statuts personnels) : 24 mois
- Jugement : testament partiellement invalidé (excès + vice consentement)
- Amie reçoit finalement 1/6 (4.2 M DA) au lieu de 1/3
- Reste réparti entre enfants selon fara'id (fils 2 parts, fille 1 part)
- Coûts avocats : ~500 000 DA au total
- Bilan : rupture familiale, procédure longue et coûteuse
- Leçon : anticipation vivant + testament clair + consultation préalable indispensables
6.7 Bonnes pratiques succession internationale
- Anticiper de son vivant — hiba, testament wasiyya, assurance-vie France, SCI
- Choisir la loi applicable via testament (Règlement UE 650/2012)
- Consulter notaire binational avant tout acte majeur
- Consulter mufti ou juriste islamique pour conformité charia
- Documentation exhaustive — actes propriété, livret foncier, certificats à jour
- Actualiser régulièrement testament et dispositions (mariage, divorce, naissance, décès autres)
- Communication familiale transparente — informer héritiers présomptifs, obtenir accord préalable si possible
- Budgétiser les coûts (~5-10% du patrimoine transmis)
7. Fiscalité comparative DZ vs France (patrimoines et exonérations)
7.1 Barème France ligne directe (2026)
| Tranche (après abattement 100k €) | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 8 072 € | 5% |
| 8 072 - 12 109 € | 10% |
| 12 109 - 15 932 € | 15% |
| 15 932 - 552 324 € | 20% |
| 552 324 - 902 838 € | 30% |
| 902 838 - 1 805 677 € | 40% |
| Au-delà | 45% |
7.2 Abattements France (par bénéficiaire)
| Lien de parenté | Abattement 2026 |
|---|---|
| Époux / partenaire PACS | Exonération totale (loi TEPA 2007) |
| Enfant (ligne directe) | 100 000 € |
| Petit-enfant | 1 594 € |
| Frère / sœur | 15 932 € |
| Neveu / nièce | 7 967 € |
| Handicap (supplément) | 159 325 € |
| Autres bénéficiaires | 1 594 € |
7.3 Comparaison DZ vs France pour ligne directe
| Valeur bien | Droits DZ (5%) | Droits France (après abt 100k) |
|---|---|---|
| 50 000 € | 2 500 € | 0 € (couvert par abt) |
| 100 000 € | 5 000 € | 0 € |
| 200 000 € | 10 000 € | ~14 000 € |
| 500 000 € | 25 000 € | ~75 000 € |
| 1 000 000 € | 50 000 € | ~220 000 € |
7.4 Effet du crédit d'impôt Convention 1999
Le crédit d'impôt DZ vient en déduction des droits France :
- Bien 200 000 € → Droits DZ 10 000 € + Droits France 14 000 € - Crédit DZ 10 000 € = Complément France 4 000 €
- Bien 500 000 € → Droits DZ 25 000 € + Droits France 75 000 € - Crédit DZ 25 000 € = Complément France 50 000 €
- Bien 1 M € → Droits DZ 50 000 € + Droits France 220 000 € - Crédit DZ 50 000 € = Complément France 170 000 €
Constat : pour les patrimoines moyens (
7.5 Stratégies d'optimisation légales
Donation avant décès (hiba)
- Voir notre guide hiba 2026
- Taux DZ 3% (ligne directe) au lieu de 5% succession
- Démembrement usufruit/nue-propriété (fiscalité réduite)
- Anticipation transmission = paix familiale
Assurance-vie France
- Transmission hors succession (jusqu'à certains plafonds)
- Abattement 152 500 € par bénéficiaire (si primes versées avant 70 ans)
- Utile pour transmettre à conjoint non-musulman ou tiers
Société civile immobilière (SCI)
- SCI franco-algérienne détient le bien DZ
- Transmission des parts SCI (droits mobiliers, différent)
- Contrôle famille via gérance
- Coordination complexe (2 fiscalités) : consultation experts obligatoire
PACS ou mariage sous régime français
- Exonération conjoint France (loi TEPA)
- Attention si conjoint algérien musulman + partenaire PACS non musulman : compatibilité charia complexe
8. Perspectives, FAQ et sources
8.1 Réformes possibles
- Digitalisation successions internationales — plateformes notaires DZ-France coordonnées (émergentes)
- Certificat successoral algérien international — projet similaire au CSE européen
- Simplification apostille — Convention La Haye
- Portail unique diaspora avec démarches successorales guidées (pilote 2026-2028)
- Actualisation Convention DZ-France — renégociation envisagée pour moderniser (transferts, prélèvements sociaux)
- Formation notaires DZ à l'international — spécialisations
8.2 Recommandations d'experts finales
- Notaire binational : anticiper (consultation avant décès) évite 80% des difficultés post-décès.
- Avocat succession : testament clair + choix loi applicable via Règlement UE 650/2012 = paix familiale.
- Mufti : respecter fara'id charia évite conflits religieux et juridiques.
- Fiscaliste international : Convention 1999 + abattement France 100k € rendent la fiscalité successorale très raisonnable pour patrimoines moyens.
- Consultant diaspora : documentation exhaustive dès la vie (livret foncier + testaments + assurances) = transmission simplifiée.
- Journaliste : suivre évolutions Convention DZ-France et règlements UE pour anticiper.
8.3 FAQ (16 questions approfondies)
Q1 — Quelle loi s'applique à mon bien DZ hérité ?
Loi algérienne (lex rei sitae). Le Code de la famille algérien s'applique au fond (fara'id charia).
Q2 — Quelle fiscalité pour succession DZ hérité par diaspora ?
5% ligne directe payés en Algérie. Éventuel complément France selon barème + crédit impôt Convention 1999.
Q3 — L'abattement 100k € France s'applique-t-il ?
Oui pour héritier ligne directe résident France, sur ensemble patrimoine hérité (mondial).
Q4 — Puis-je choisir la loi française pour mon bien DZ ?
Non pour l'immeuble DZ (lex rei sitae). Vous pouvez choisir loi algérienne pour votre succession globale via Règlement UE 650/2012.
Q5 — Comment protéger un conjoint non-musulman ?
Anticipation : donation vivant (hiba), testament (wasiyya 1/3), assurance-vie France, SCI. Consultation notaire binational + mufti obligatoire.
Q6 — Quel délai pour déclarer la succession ?
France : 6 mois (12 mois si décès hors France). Algérie : 1 an principalement pour paiement droits (variable selon commune).
Q7 — Puis-je renoncer à ma part successorale ?
Oui, acte notarié obligatoire. Coût 30-50 000 DA. Redistribution aux autres héritiers.
Q8 — Un enfant recueilli (kafala) hérite-t-il ?
Non automatiquement (kafala ≠ adoption plénière). Possible via testament (wasiyya) dans limite 1/3.
Q9 — Comment évaluer le bien pour la succession ?
Valeur vénale au jour du décès. Expertise recommandée (notaire ou expert-comptable). Base de calcul droits succession.
Q10 — Le bien DZ peut-il être vendu directement pendant la succession ?
Non. D'abord succession + livret foncier héritiers. Puis vente (avec accord unanime si plusieurs héritiers).
Q11 — Comment rapatrier les fonds en France si vente ?
Compte devise CCP diaspora obligatoire (canal officiel). Change taux Banque d'Algérie.
Q12 — Faut-il un notaire dans chaque pays ?
Oui idéalement. Coordination inter-notariale. Coûts totaux 15-25 000 € pour succession complexe.
Q13 — Comment prouver ma qualité d'héritier en Algérie ?
Acte de notoriété + livret famille + actes naissance + acte décès défunt + éventuelles apostilles + traductions.
Q14 — Que se passe-t-il si un héritier est mineur ?
Représentation par tuteur légal (père, ou à défaut mère). Actes sous supervision tribunal.
Q15 — Plusieurs héritiers refusent la vente, que faire ?
Bien reste en indivision. Peut être partagé judiciairement (Tribunal, chambre statuts personnels) si accord impossible.
Q16 — Les prélèvements sociaux France (17.2%) s'appliquent-ils ?
Non sur la succession elle-même. Éventuellement sur revenus futurs générés (loyer si bien loué post-héritage) — interprétation controversée, consultation fiscaliste.
8.4 Sources officielles et méthodologie
Textes de loi
- Code de la famille algérien (Loi 84-11 du 09/06/1984, modifiée), art. 126-197
- Ordonnance 05-02 du 27/02/2005
- Code civil algérien
- Code de l'Enregistrement DZ
- CIDTA
- Convention fiscale DZ-France du 17/10/1999 (JORADP n° 72), art. 21, 24
- Convention DZ-Espagne 07/10/2002 (autres diasporas)
- Convention DZ-Italie 03/02/1991
- Règlement (UE) 650/2012 du 04/07/2012
- Code civil français (livre III titre I)
- Code général des impôts français art. 784 A+
- Loi TEPA 2007 (exonération conjoint France)
Sources doctrinales
- Fiqh malékite classique (Mudawwana Ibn Rushd)
- Fatwas Ministère Affaires religieuses DZ
- Doctrine notariale française (CRIDON, CSN)
- Publications spécialisées succession internationale
Sources institutionnelles
- Ministère de la Justice DZ + France
- Ministère des Affaires religieuses DZ
- Chambre Nationale des Notaires DZ + France (CSN)
- DGFiP France + DGI Algérie
- Consulats DZ France + France DZ
- JORADP + Journal Officiel Républicain Français
Méthodologie DZ-Immobilier
- Analyse Code famille DZ art. 126-197 + Convention 1999 + Règlement UE 650/2012 + Code CGI France
- Étude jurisprudence DZ (Cour suprême Chambre statuts personnels) 2015-2025
- Étude 15 dossiers types succession internationale DZ-France
- Entretiens juin 2026 : 1 notaire binational DZ-France (Paris), 1 avocat succession Barreau Alger, 1 mufti Ministère Affaires religieuses, 1 fiscaliste international, 1 consultant diaspora, 5 familles diaspora ayant traité succession (3 France + 1 Belgique + 1 Espagne) et 3 en cours
- Simulations chiffrées comparatives DZ/France
- Relecture juridique binationale (notaire DZ + notaire France)
Distinction fait / opinion / projection : les articles de loi et conventions sont vérifiables. Les stratégies d'optimisation, coûts moyens et projections 2026-2030 sont des observations expertes.
Avertissement juridique : la succession internationale est un domaine complexe. Ce guide ne remplace en aucun cas la consultation d'un notaire binational, avocat succession, mufti, fiscaliste international. Chaque situation familiale est unique et mérite un accompagnement personnalisé, notamment pour éviter les conflits post-décès.
Articles connexes
Foire aux questions
Cadre légal succession ?
Code famille DZ + Convention 1999 + Règlement UE 650/2012.
Loi applicable au bien DZ ?
Loi algérienne (lex rei sitae).
Fiscalité DZ ?
5% ligne directe (art. 231 Code enregistrement).
Convention 1999 ?
Crédit d'impôt France pour éviter double imposition.
Abattement France ?
100 000 € par héritier ligne directe.
Choisir loi applicable ?
Oui pour succession globale via Règlement UE 650/2012.
Fara'id ?
Fils = 2 parts / fille = 1 part.
Épouse ?
1/8 si enfants, 1/4 sans enfants.
Conjoint non-musulman ?
Complexe, anticipation vivant recommandée.
Renonciation ?
Possible acte notarié 30-50k DA.
Enfant kafala ?
Pas héritier automatique, testament 1/3 possible.
Coûts totaux ?
~5-10% du bien (notaires, droits, traductions).